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Billet rapide Droits LGBTI

Journée internationale de visibilité transgenre

Ce 31 mars, comme chaque année, c’est la jour­née inter­na­tio­nale de la visi­bi­li­té trans­genre. Selon Wiki­pe­dia, la jour­née a été pro­po­sée en 2009 par la mili­tante amé­ri­caine Rachel Cran­dall. Elle sou­hai­tait réagir au fait que la seule jour­née où l’on par­lait des per­sonnes trans dans les milieux LGBT était le Jour du Sou­ve­nir Trans, où l’on rend hom­mage aux per­sonnes trans mortes de la trans­pho­bie, mais qu’il man­quait un moment pour célé­brer les vivants.

Il est vrai que si les per­sonnes trans sont par­ti­cu­liè­re­ment vic­times de vio­lences et d’as­sas­si­nats par­tout dans le monde, la concen­tra­tion du mili­tan­tisme sur ce sujet pose une autre dif­fi­cul­té. En dépei­gnant la tran­si­tion comme une val­lée de larmes et un risque mor­tel, on décou­rage de tran­si­tion­ner des per­sonnes en ques­tion­ne­ment pour qui ce serait en réa­li­té le meilleur choix.

La jour­née de visi­bi­li­té trans a cette ver­tu : elle per­met aux per­sonnes trans de voir une réa­li­té enviable, de voir que d’autres per­sonnes existent et dans une cer­taine mesure, de créer de la solidarité.

Aujourd’­hui, énor­mé­ment d’as­so­cia­tions et de militant⋅es LGBTI pas uni­que­ment trans célèbrent cette journée.

Des pré­sen­ta­teurs sur scène lors de la jour­née de visi­bi­li­té Trans en 2016 à San Fran­cis­co. (Pax Ahim­sa Gethen / CC BY-SA)

Sur Twit­ter, en par­ti­cu­lier, elle se tra­duit chaque année par la mon­tée d’un hash­tag en ten­dance où des per­sonnes trans postent des sel­fies. Comme toutes les fois où des posts sur les ques­tions LGBTI sont extrê­me­ment par­ta­gés sur les réseaux sociaux, la consé­quence est qu’ils sont majo­ri­tai­re­ment lus par des per­sonnes non concernées.

Je n’ai moi-même pas pos­té de sel­fie, mais j’ai pos­té quelques mes­sages à des­ti­na­tion des per­sonnes pas trans qui tom­be­raient sur le hash­tag, que je reprends ici sous une forme plus pérenne.

J’ai légè­re­ment modi­fié quelques for­mu­la­tions, mais dans l’en­semble, le conte­nu est le même que ce fil →

Cette jour­née est d’a­bord pour les per­sonnes trans. Elle leur per­met de se voir entre elles. Beau­coup de per­sonnes trans sont très iso­lées, par­fois entou­rées uni­que­ment de per­sonnes trans­phobes. La jour­née de la visi­bi­li­té trans, avec un hash­tag où des per­sonnes trans par­tagent des pho­tos sur les réseaux, leur rap­pelle qu’elles ne sont pas seul⋅es et les aide à se sen­tir légi­times à exis­ter aus­si. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai pour les per­sonnes en début de tran­si­tion, ou qui sont au pla­card, c’est à dire qui sou­haitent tran­si­tion­ner mais n’en ont pas par­lé autour d’elles.

C’est aus­si impor­tant quand on hésite à tran­si­tion­ner d’a­voir des exemples de per­sonnes trans qui font toutes sortes de métiers et qui réus­sissent. À ce sujet le super Wiki Trans a une super page sur les per­son­na­li­tés publiques trans.

La bonne visibilité trans est celle que l’on choisit

Mais la bonne visi­bi­li­té est celle que l’on choi­sit. Ayez en tête que pour une per­sonne trans, si voir d’autres per­sonnes trans est tou­jours chouette, la visi­bi­li­té n’est pas for­cé­ment ce qu’elles sou­haitent pour elles-mêmes.

Durant une tran­si­tion sociale, la visi­bi­li­té est sou­vent syno­nyme de dan­ger, d’a­gres­sions phy­siques et ver­bales. D’in­sultes dans la vrai vie comme en ligne. Beau­coup de per­sonnes trans, et j’en suis, ont subi des agres­sions en début de transition.

Si elles ne choi­sissent pas for­cé­ment de deve­nir invi­sibles, ces per­sonnes apprennent au moins à mon­trer leur tran­si­den­ti­té d’une manière qui ne les met pas en dan­ger. (Au pas­sage, comme toutes les autres mino­ri­tés pour qui la visi­bi­li­té est tou­jours à double tranchant.)

Pour ma part, je ne cache pas que je suis une femme trans lorsque je parle de tran­si­den­ti­té ou de fémi­nisme comme mili­tante, et que je parle à des per­sonnes que le sujet inté­resse. Mais quand je vais sur un pla­teau par­ler de la réforme des retraites, j’es­saie plu­tôt que cela ne se voit pas. Pas parce que j’en ai honte, mais parce que la fois où cela s’est vu, l’es­sen­tiel des com­men­taires sous le replay étaient des com­men­taires trans­phobes et que j’ai peur des réac­tions malai­santes de cer­tains jour­na­listes, ou même tout sim­ple­ment qu’on ne m’in­vite pas pour cette raison.

Tout ça pour dire que les per­sonnes que vous allez voir sur ce hash­tag sont toutes magni­fiques, mais ne sont pro­ba­ble­ment pas repré­sen­ta­tives de toute la diver­si­té des per­sonnes trans. Des tas de per­sonnes sont dans le « deuxième pla­card » c’est à dire sont trans, mais ont fait le choix de com­plè­te­ment cacher leur pas­sé et leur tran­si­tion. Il faut l’a­voir en tête et ne pas l’oublier.

La transidentité ça ne « se voit » pas toujours 

Petite anec­dote à ce pro­pos : un ami m’a envoyé un mes­sage il y a quelques mois. Il avait vu un article sur des man­ne­quins trans, et ne com­pre­nait pas pour­quoi elles reven­di­quaient cette éti­quette alors qu’elles étaient « dans les canons de la beau­té la plus clas­sique ». En clair, il pen­sait qu’elles étaient cis, et il pen­sait que qu’elles vou­laient jus­te­ment atti­rer de la visi­bi­li­té alors « les « vrais » trans subissent au quo­ti­dien des vio­lences et dis­cri­mi­na­tions réelles » (sic).

Ces man­ne­quins étaient effec­ti­ve­ment trans, elles avaient bien bien été assi­gnées gar­çons à la nais­sance. Je ne peux pas le blâ­mer : un des mythes les plus puis­sants et les plus faux autour de la tran­si­den­ti­té est que « ça se voit ». Mais des tas de per­sonnes trans choi­sissent d’être invi­sibles. Votre voi­sin, votre bou­lan­gère, votre col­lègue a peut-être tran­si­tion­né et vous ne le savez pas, car c’est la vie qu’elles ont choi­si. Donc regar­dez si vous vou­lez ce hash­tag #Trans­DayOf­Vi­si­bi­li­ty , mais ne les oubliez pas ! Que l’on choi­sisse ou non d’être visible, ce qu’on veut toutes et tous c’est de droits.